Suite bleue, phase évolutive III

Le travail de Jacinthe Tétreault relève d’une très ancienne tradition : la gravure. Ce type de production implique un travail à la main d’une grande précision et beaucoup de patience. Jacinthe Tétreault est d’ailleurs reconnue dans le monde des gravures pour sa grande maîtrise de ce médium. L’habitude, les préjugés et quelquefois le monde de l’art lui-même nous font percevoir le travail du graveur comme un travail d’artisan. En effet, les graveurs sont souvent considérés comme à l’écart du réseau de l’art actuel. Dans une exposition (qui incidemment ne regroupait que des graveurs), Jacinthe Tétreault s’exprime ainsi devant le directeur de l’institution : «Surtout ne me parle pas du savoir-faire du graveur, du soi-disant travail artisanal que nous réalisons, des procédés traditionnels…» Cette artiste refuse donc d’être classée comme artisan. Mais qu’avons-nous devant nous ? Une gravure, certes, mais une gravure particulière : un monotype. C’est-à-dire une gravure sur laquelle une fois terminée, l’artiste a fait des interventions qui font de cette gravure une œuvre unique. N’oublions pas que la gravure a cette particularité de pouvoir être reproduite à plusieurs exemplaires. L’intervention de Jacinthe Tétreault élimine ici cette particularité. Mais au-delà de ce médium et au-delà de ce monotype, qu’avons-nous devant nous ? Des formes abstraites auxquelles l’artiste donne un sens précis : elle veut nous rappeler le caractère évolutif de notre planète, elle parle des bouleversements qui modifient la morphogenèse de notre environnement, de l’arrivée de l’homme, de la division persistante entre l’homme et la nature. Et encore au-delà de ce que nous en dit Jacinthe Tétreault, qu’avons-nous devant nous ? Des formes abstraites d’une grande beauté que nous n’avons qu’à regarder, apprécier, ressentir.