La bande de Moebius II (diptyque)

Depuis 2004, à la faveur de résidences qui l’ont menée à Berlin et à Mexico, Catherine Bodmer explore par la photographie des paysages urbains pour en dévoiler le potentiel de transformation et de mutation. Ici, la formule du diptyque exploite les effets miroirs entre les deux photos et au sein de chacune.

Grâce à des manipulations numériques, l’artiste a dédoublé et renversé l’image d’un parc créant des espaces ambigus où coexistent plusieurs temporalités. Les personnages de Moebius II circulent d’une image à l’autre, adoptant des postures différentes dans un contexte, lui, immuable que la brume enveloppe d’un mystère encore plus lourd. Les effets de symétrie engendrés sont aussi saisissants que trompeurs, des repères rassurants qui finissent en pièges confondant le regard qui s’y attarde. Départager le vrai du faux s’avère une entreprise que l’artiste décourage d’emblée tant elle rend impossible la distinction entre qui était là de ce qu’elle a supprimé ou modifié. Le travail sur le double et le reflet engage une réflexion sur le monde comme apparence, ce que les images de Bodmer soulignent paradoxalement en étant lisses et détaillées, comme si leur contenu était vrai. La métaphore du ruban de Moebius, évoqué dans le titre, suppose cependant qu’une seule et même surface subsiste, sans distinction entre l’envers et l’endroit, entre la chose et sa représentation.